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Le Ministre de l’Intérieur vient de faire un grand ménage touchant essentiellement l’administration territoriale qui a été apurée de ses éléments les plus corrompus et les plus impliqués dans la fraude et la manipulation. Cette entreprise salutaire vient après une autre décision de taille du Gouvernement de confier la gestion du Pétrole à l’un des cadres les mieux formés et les plus intègres du pays, Mr. Aboubakr Ould Maroini. Des signes encourageants pour tous ceux qui croient en la nécessitée d’engager dès a présent un assainissement sérieux de l’administration publique et baliser les voies de reforme dans ce domaine pour le prochain gouvernement démocratiquement élu. J’ose espérer que d’autres départements suivront et montreront autant de zèle a chasser les corrompus, promettre les meilleurs et réhabiliter tous ces fonctionnaires laissés a la touche par une administration qui ne pardonnait pas les écarts d’idées et de comportements, même les plus bénignes et les moins fracassants.
Il est indispensable, durant la période de transition, de proclamer haut et fort la fin du « militantisme administratif » cher à tous ceux nombreux qui ont fait de l’activisme politique un tremplin pour la carrière administrative et de vulgariser et mettre en pratique l’idée que les fonctions techniques managerielles de l’administration publique ne doivent être pourvues que par des technocrates selon le seul critère du mérite. Les hauts fonctionnaires engagés en plein temps dans l’action politique devront démissionner de leurs fonctions administratives ou demander à être mis en position de détachement. Ceux qui resteront en activité devront respecter un devoir de réserve absolu pour hisser la fonction publique à un niveau qui lui permet de garder son autonomie et son indépendance et donc le respect de ses partenaires et ses usagers.
Il faudrait aussi que les politiques signent une déclaration sur l’honneur qu’ils n’utiliseront par le mandat des urnes pour placer leurs amis et supporters dans des postes administratifs, usant la procédure discrétionnaire du Gouvernement. D’ailleurs, il serait opportun de limiter cette procédure aux emplois de Ministres, de Secrétaires Généraux de départements ministériels et de Directeur Généraux d’administrations et d’entreprises publiques. Pour être juste, cette déclaration sur l’honneur devra s’accompagner d’un processus général de reformes visant a s’assurer que l’héritage du régime déchu dans ce domaine sera examiné sérieusement pour éviter a l’Etat de continuer a traîner sur une longue durée, un lourd fardeau qui mettrait en péril toute les tentatives de modernisation et d’amélioration de l’efficacité de l’action publique.
Il est de notoriété publique qu’une grande partie des fonctionnaires ont été recrutés suivant des procédures qui ne garantissent pas la justice et l’équité entre les citoyens et qui ne permettent pas a l’Etat de satisfaire au mieux ses besoins en ressources humaines. Pire, nombreux sont les agents publics qui ont utilisé des voies douteuses (falsification de diplômes, usage de faux CV, népotisme, clientélisme, ….etc.) pour se faire recruter par les administrations dans un environnement ou la fonction Personnel était volontairement ignorée pour permettre les abus. Hawassa est la meilleure image pour décrire un système ou chaque fondé de pouvoirs essayait de placer le maximum des siens sans aucun souci pour les autres et surtout pour l’intérêt général qu’il est sensé défendre. Le système s’appuie sur une idée largement partagée, généreuse à certains égards, selon laquelle n’importe qui peut faire n’importe quoi, l’essentiel étant de distribuer des revenus et permettre aux uns et aux autres d’avoir leur part du gâteau.
Il va falloir examiner sérieusement cette situation et trouver les voies et moyens pour séparer le bon grain de l’ivraie. Comme il ne parait pas « politiquement » raisonnable de toucher aux avantages acquis, il s’agit de mettre en place de procédures de réévaluation systématique de l’existent : revoir les dossiers et les équivalences de diplômes, tester et bloquer l’avancement des fonctionnaires qui ne passent pas la barrière d’examens administrés selon les règles de l’art. Il faut tamiser finement et faire en sorte que seuls les plus compétents et les plus productifs des fonctionnaires bénéficient des investissements en productivité : additionnel augmentations de salaires, formation et intégration des nouvelles technologies. Autrement, la croissance de la masse salariale des agents de l’Etat n’aura pour effet que de creuser les déficits et finalement être neutralisée par une augmentation probablement plus que proportionnelle du niveau général des prix. There is no free lunch et seule une amélioration de la productivité des fonctionnaires permettra à la collectivité de mieux les traiter moralement et matériellement sans que cela n’impact négativement sur l’équilibre général de la société.
Plus les dysfonctionnements internes de l’administration publique sont correctement traités et plus la chance est grande d’avoir celle-ci développer une autonomie par rapport au corps social et une indépendance vis-à-vis de la sphère politique. Les domaines de chaque partie seront de plus en plus différenciés et le développement de cette spécialisation est certainement l’un des fondements de la modernité et du progrès.
Les hommes politiques pourront alors se consacrer à et mesurer la noblesse de leur mission qui est de guider et d’orienter la société sur la bonne direction. Une mission, souvent une vocation, qui requiert les qualités de leadership : charisme, intuition et ce qui en découle une capacité supérieure de comprendre et de se connecter avec la société, d’exprimer ses profondes aspirations et d’imaginer les meilleures voies d’assurer l’adéquation entre ces aspirations et les contraintes observées de l’environnement. La politique ne serait plus alors un simple jeu d’alliances visant à partager un gâteau dont l’agrandissement n’est le souci de personne, une conception profondément enracinée dans le microcosme politique mauritanien dont l’extinction est notre seule garantie pour une démocratie moderne et un Etat juste et efficace dans son rôle de pourvoyeur de bien être pour tous les citoyens.
Mohamed Ould Ahmed Tolba
USA
